Nadine Ganase, le corps en mouvement

PORTRAIT. Nadine Ganase est l’un des premiers membres de la compagnie Rosas. Durant sept ans, elle développe avec Anne Teresa de Keersmaeker l’esthétique minimaliste de la troupe. Aujourd’hui, elle mène de front sa carrière scénique et sa fonction d’enseignante. Rencontre avec une danseuse infatigable.

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Sa carrière se lit dans ses gestes. Nadine Ganase ne tient pas en place. Elle se lève, se redresse, fait quelques pas et bouge sans cesse pour mettre en mouvement les mots qu’elle prononce. La danse est présente dans tous les instants de la vie de Nadine Ganase.

Du classique au moderne

Cette danseuse de 50 ans a découvert l’art de sa vie presque par hasard. Elle grandit au Kenya sans aucune éducation artistique et ce n’est que tardivement qu’elle a son premier contact avec la danse. En accompagnant sa sœur à un cours de danse classique, elle aperçoit toutes les possibilités offertes par ce monde… et c’est le début d’une vocation. Mais c’est finalement hors de l’univers du classique qu’elle trouvera son accomplissement : très vite, Nadine Ganase est portée vers la danse moderne, même si pour elle, « la danse classique est indispensable à la formation des danseurs contemporains ».

Elle étudie pendant trois ans à la prestigieuse école londonienne The Place, une référence pour l’apprentissage de la danse moderne. En 1983, elle joint la toute jeune compagnie Rosas, créée la même année par la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker. La troupe n’en est qu’à son quatrième spectacle et Nadine Ganase aura l’opportunité de participer à l’élaboration de plusieurs créations pendant les sept années qu’elle passe au sein de la compagnie : le spectacle fondateur Rosas danst Rosas bien sûr, mais aussi Elena’s Aria, Ottone Ottone et le célèbre Bartók.

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Recherche d’indépendance

En 1990, la danseuse quitte la troupe Rosas pour fonder sa propre compagnie et exploiter ses propres chorégraphies. Pendant dix ans, elle réalise dix créations, dont le superbe Lover Man (1992), qui met en scène un quatuor éblouissant, trois femmes et un homme qui se poursuivent et se tournent autour. Parmi ses productions, on citera aussi ses mises en scène de Trouble and desire (1995) et Elsewhere (1998). En 2002, elle commence à enseigner la danse à Louvain, en Belgique, avant de finalement revenir vers la compagnie Rosas.

Dans ses propres travaux, Nadine Ganase ressent parfois le besoin de se démarquer de l’esthétique minimaliste d’Anne Teresa de Keersmaeker pour dégager la sienne propre. Cependant, elle lui rend hommage en reprenant ses méthodes de travail et sa manière d’engager le processus créatif. Lors des répétitions, elle donne un thème pour cadrer ses danseurs puis laisse la part belle à l’improvisation. Parfois, elle jette les bases de certains mouvements et ses danseurs sont libres de les développer au gré de leur imagination.

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Hybridation des arts

La danse de Nadine Ganase est fortement influencée par d’autres formes d’art. La musique joue un grand rôle dans sa vie et dans ses propres spectacles, tout comme dans ceux de Rosas : les musiciens sont même présents sur scène lors des représentations de Bartók, la création préférée de la danseuse. La chorégraphe va jusqu’à déclarer : « Si je n’étais pas danseuse, je serais musicienne ou chanteuse, je m’exprimerais par la musique ». Elle accorde également une grande importance au théâtre et à la poésie, ainsi qu’à la peinture, comme on le ressent dans ses travaux : sur scène, elle s’entoure de poètes qui déclament des textes et elle a travaillé pendant un an dans le même atelier qu’un peintre, s’attachant à mettre en danse ses mouvements artistiques.

Mais, au fond d’elle-même, Nadine Ganase sait qu’elle est vouée à la danse. Même si elle déplore l’ambiance délétère qui agit le monde de la danse contemporaine, elle ne s’imagine pas faire autre chose. Elle évoque bien sûr la douleur physique, lot quotidien de toute danseuse professionnelle mais parvient à la transcender en une expérience sensorielle. Pour elle, le plus grand achèvement de la danse, c’est qu’elle parvient à injecter l’art dans tous les moments de la vie.

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